Le jour de la Terre pour la Laponie

Célébrons le jour de la Terre pour la Laponie !

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Mardi 22 avril est le jour de la Terre.  #EarthDay

Ici en Laponie, au Sápmi, nous célébrons chaque jour cette beauté de la nature, des montagnes et des grands espaces.
Pendant des millénaires, le peuple sámi a respecté cette nature qui les faisait vivre.
Aujourd’hui, l’état suédois autorise la sur-exploitation minière et éolienne des terres sur lesquelles ils ont toujours vécu, et anéantit de ce fait ce qui se trouve au coeur de la culture sámi : le renne et la nature.
Au-delà du peuple sámi, peuple premier, se trouvent les populations qui ont à faire face aux destructions.

Tant que nous nous tairons, nous serons responsables de notre silence devant les générations futures.

Nous vous offrons aujourd’hui cet extrait, écrit par un auteur sámi, John E. Utsi, et vous en souhaitons une belle lecture.

Extrait du texte « Nous sommes toujours vivants »

« Beaucoup nous considèrent comme un peuple disparu. Les vestiges de la trace d’un peuple primitif condamné à périr. Condamné par qui ?
Les prophètes du développement ? Les démocrates bien intentionnés ? Les technocrates savants ? Les anthropologues érudits ?
Mais surtout par tous ceux qui voulaient, et qui veulent encore nos terres.
Ceux qui, encore aujourd’hui, nous considèrent comme un obstacle au développement qu’ils souhaitent voir à leur façon, et auquel ils s’attendent de nous voir participer.

Non. Nous sommes toujours vivants. Des peuples autochtones autour du monde ont péri, ont été tués, meurent, ont été dispersés ou emportés par le tourbillon des « temps modernes ».
Nous sommes bien 300 millions d’autochtones aujourd’hui dans le monde.

Au fond, rien n’a changé.
Nous ne nous sommes pas approprié le sol et n’avons eu ni armée, ni reine avec cour. Nous avons tous vécu en petites sociétés sur la terre. Comme une infime partie dans cette immensité nous entourant.
Nul d’entre nous n’a pensé pouvoir vaincre la nature. Quelle étrange pensée que celle de vaincre la mère qui vous donne la vie.

Mais des étrangers sont venus à nous, ont cherché or et gloire.
Certains nous ont « découvert ». Ce qui est bien puisque nous sommes devenus conscients de la misère dans laquelle nous vivions. Comme des enfants nus dans la jungle ou des barbares nomades dans la toundra.
D’autres ont trouvé des richesses dans nos terres. Richesses qu’ils continuent d’exploiter, de dévaster. Rien ne réussit à arrêter leurs calculs de rentabilité.
Malgré le pillage général qui dure depuis environ deux cents ans maintenant, nous sommes toujours vivants.

Au nom de Lénine, de Dieu et du Progrès, nous avons été volés et menés. Aujourd’hui, nous le sommes par les puissances qui se disent représenter « un intérêt général ».
Certains d’entre nous ont été massacrés, torturés, mais l’ennemi demeure le plus souvent invisible.
Mais réel, efficace et souvent très démocratique. De nos jours, beaucoup d’entre nous vivent sur des terres qui constituent des objets d’exploitations rentables.

Ces richesses doivent être extraites sans que personne ne soit accusé de crime contre les droits humanitaires. Mais elles doivent être extraites à tous prix.
Un prix que les « terres sauvages » et leurs peuples ont toujours eu à payer.

Mais le monde a peut-être commencé à se réveiller. Il est temps maintenant.
Quand la lumière du soleil devient dangereuse.
Quand l’eau n’est plus potable.
Quand le temps est devenu argent.
Quand la différence entre riches et pauvres est devenue trop.

La clarté puissante et brillante de la civilisation moderne est belle. Mais elle est seulement une illusion, une erreur à laquelle beaucoup d’entre nous aussi ont succombé.

Malgré cela, nous vivons. Non pas que nous soyons meilleurs que les autres peuples, mais nous ne sommes pas non plus inférieurs.
Nous ne sommes rien sans notre terre.
Nous sommes la terre, de petites créatures qui essaient de vivre leur propre vie, à partir de la terre.
C’est pourquoi nous voulons que la Terre vive, nous voulons vivre.« 
John E.Utsi

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